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Le camp de jeunesse d Albepierre 1940 1943

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(28 octubre 2025)

Une pierre, une mémoire : le Chantier de Jeunesse n°40 à Albepierre

 

A partir d’une simple pierre oubliée, retrouvée dans un ruisseau, se dévoile une page mal connue

de l’histoire du Chantier 40.

Les traces du camp du Chantier de Jeunesse 40 "Les Arvernes" qui avait été installé à Albepierre

au lieu-dit La Champ à 1134 m d’altitude pendant la seconde guerre mondiale ont quasiment disparu.

Mais une pierre carrée portant l’inscription « 21 septembre 1941 » sculptée en relief a été retrouvée dans le ruisseau voisin par Jean-Claude Boissonnet vers 1970 puis laissée dans la maison de famille à Bredons.

Pierre Bonthoux la remit à Jean Rigal, une figure que tout le village appelle amicalement Jeantou, en 2022. Jeantou sut discerner dans cette pierre bien plus qu’un simple vestige du passé mais le témoignage silencieux d’une époque troublée.

 

Les deux camps du Groupement 40

Ce Groupement 40, le seul de ce type, était dit disciplinaire car il accueillait des jeunes sortis de prison, des coupables de "menées antinationales" ou d’actes d’indisciplines.

Le capitaine Le Fouest démobilisé suite à l’armistice en fut le fondateur et le premier Commissaire. Il semble avoir été apprécié des jeunes mais aussi, au moins les premières années, de ses supérieurs car il fut promu commandant puis, en mars 1942, décoré de La Francisque.

A l’exception de la chapelle, la construction des baraques Adrian (logements, cuisines, infirmerie...) du camp du lieu-dit La Champ à Albepierre était terminée en mai 1941 et celle du camp de la Croix Jolie à Murat (commissariat, administration) en août de la même année.

Source  : Cantalpassion « Les Chantiers de Jeunesse dans le Cantal » Témoignage de André Martres


Le camp de La Champ début 1941

 


Groupe de jeunes 1941

les groupes portaient le nom de batailles ou sites patriotiques, pas de leur région d'origine.

 

Après une période d’improvisation en 1940, outre le groupe de Murat, 4 autres groupe s’installèrent à La Champ en 1941, dont 3 étaient des groupes disciplinaires:1 (les dangereux), 2 (les antinationaux), 3 (les indisciplinés)   

L’implantation sera modifiée pour aboutir à 7 groupes en 1942 : groupe 1 à Belinay, groupe 2 à La Champ, groupe 3 à Ampallat, groupe 4 à Auzolles, groupe 5 à Fraisse-Haut, groupe 6 à Massiac.

Le groupe 1, pour le tenir loin de Murat où il était exécré, s’était installé quelques mois au buron du Lissart avant de partir à Belinay 

Source  : Alatienne Pascale, Etude de deux Chantiers de la jeunesse à Tronçais et à Murat (1940-1944), mémoire de maîtrise soutenu en octobre 1986 devant l'UER de Clermont II (Puy-de-Dôme)  

 

L’effectif total oscilla légèrement autour de 500 hommes pendant les années 1941-1942.

Il atteignit 700 hommes pendant le deuxième semestre 1943 probablement en accueillant des jeunes provenant des chantiers du sud-est dissous ou transférés par précaution à la demande des allemands en mars 1943 dans l’éventualité d’un débarquement sur les côtes méditerranéennes.

Source : Alatienne Pascale, mémoire de maîtrise soutenu en octobre 1986 devant l'UER de Clermont II

Sur ce site de La Champ d'Albepierre, un régiment américain était venu en 1918 exploiter le bois des forêts pour répondre aux besoins des armées.

Comme un clin d’œil à la jeunesse toujours recommencée, le stade Jean Peschaud du club de football d’Albepierre-Bredons y déroule maintenant son tapis de verdure dans un cadre de forêts et prairies dominées par le cirque des rochers de Chamalières.

 

Le site en 2025

 

Albepierre à l’heure allemande. Les cérémonies de 1941.

L’année 1941 fut marquée par de nombreuses célébrations :

- la fête du Travail le 1er mai,

- la fête de Jeanne d’Arc à Saint-Flour le 10 mai,

- la réouverture solennelle de l’église d’Albepierre le 15 juin après sa profanation,

- la cérémonie de la Légion des combattants le 21 juin,

- et enfin une fête populaire à La Champ le 21 septembre, en présence du général La Porte du Theil.

Le but était à la fois de promouvoir les thèmes de la Révolution Nationale et de s’attirer lasympathie de la population locale.

Des incidents entachèrent toutefois cette image : vols chez des commerçants de Murat et vols d’objets du culte à l’église d’Albepierre.

Cérémonie de "réparation" à Albepierre le 15 juin 1941

En "réparation" de cette profanation de l’église, une croix en rondins fut érigée par les jeunes du chantier, aidés de quelques habitants, sur une hauteur dominant le village d’Albepierre. Lors de la réouverture de l’église le 15 juin 1941, l’évêque de Saint-Flour, Augustin Lecoeur, entouré du clergé local célébra la messe et guida la procession à la croix. Des jeunes du chantier y assistèrent mêlés à la foule mais sans la formation quasi-militaire habituelle.

 

15 juin 1941 Cérémonie de réouverture de l’église après la profanation. Sortie de l’église. Départ vers la croix.

 

Edification de la croix 

Procession vers la croix 15 juin 1941

Cérémonie de La Légion des Combattants à Albepierre le 29 juin 1941

Il n’y eut que cette seule cérémonie de la Légion à Albepierre. Le protocole était identique dans toutes ces cérémonies de La Légion : messe, lever des couleurs, discours par le responsable local de La Légion, récitation d’un poème à la gloire du Maréchal par le meilleur élève des écoles, chant de la Marseillaise par les écoliers.

Les photos révèlent une affluence très faible comparée à celle de la cérémonie du 14 juin.

L’opération Barbarossa avait débuté le dimanche précédent. La guerre changeait de dimension et s’annonçait longue. La perspective du retour des prisonniers s’éloignait.

Cérémonie de La Légion. Le discours.

Récitation du poème à la gloire du Maréchal

 

Visites du général La Porte du Theil

Le général La Porte du Theil créateur et suivant la terminologie de l’époque commissaire général des Chantiers de Jeunesse fit deux visites au Groupement 40, le 05 décembre 1940 puis le 21 septembre 1941. 

Source : Alatienne Pascale, mémoire de maîtrise. 1986. Page 103 

Lors de la deuxième visite une fête fut organisée à laquelle le public était convié. Tout laisse à penser qu’il s’agissait d’une inauguration du camp chapelle comprise.

21 septembre 1941

 

 

05 Déc. 1940 Le Fouest à droite. La Porte du Theil au centre

La photo commémorative de la fête du 21 septembre 1941 permet d’identifier certains participants, parmi eux à gauche M. et Mme Rochez d’Albepierre et au centre tête nue M. Rode de La Molède.

La chapelle de La Champ fut inaugurée le même jour. Sur un cliché, la pierre carrée, vraisemblablement taillée par un jeune pour immortaliser l’événement, apparaît nettement : sa date sculptée témoigne d’un savoir-faire certain.

21 09 1941 Inauguration de la chapelle Tiré du livre photo Murat Page 22

Un pignon maçonné, coiffé d’une croix et pourvu d’une niche, fut ajouté à la chapelle dans les mois qui suivirent.

Ce pignon, crépi de blanc demeura longtemps le dernier vestige visible du camp avant de s’effondrer au printemps 1966 sous une couche de neige d’épaisseur exceptionnelle. La même année, une coulée de neige descendue de la montagne de La Molède dévasta le buron du Pré Vidal et creusa une saignée encore visible dans la forêt.

 

La montée des refus : l’instituteur communiste Eugène Odru et l’aumônier Genevaux

«Je souhaite la victoire de l’Allemagne, parceque, sans elle, le bolchevisme, demain, s’installerait partout. ...Ouvriers de France, c’est pour la libération des prisonniers que vous allez travailler en Allemagne ! »— Pierre Laval. Allocution radiodiffusée du 22 juin 1942

« Depuis un certain temps, il flotte sur les chantiers un vent nouveau. Fidélité au Maréchal est devenu fidélité au bougnat et à sa politique. « Je souhaite la victoire allemande » et celui qui n’a pas les mêmes vœux est un traître et un mauvais français. »— Abbé Genevaux, Lettre à son frère. Albepierre le 15 février 1943

« Monsieur Laval est un salaud ! Il n’y a plus de français... Vous livrez des français aux allemands ! » — Abbé Genevaux Albepierre mars 1943

À partir de l’été 1942, "un vent nouveau souffla" effectivement sur les chantiers. Le discours radiodiffusé de Pierre Laval du 22 juin 1942 appelant à la relève, la loi du 15 juillet 1942 interdisant les chantiers aux juifs, l’invasion de la zone Sud le 11 novembre 1942 et surtout la loi du 16 février 1943 instituant le Service du Travail Obligatoire provoquèrent une montée du refus parmi les jeunes du Chantier 40.

 

Eugène Odru (1920 2008)

Des arrestations commencèrent à marquer ce basculement. En novembre 1942, onze militants communistes du Groupement 40 dont Eugène Odru furent arrêtés au camp de La Champ à Albepierre après une distribution de tracts et envoyés au camp d’internement de Saint-Paul- d’Eyjeaux en Haute-Vienne où les conditions de détention étaient très dures.

Trois de ces détenus furent déportés, d’autres s’évadèrent dont le 19 mai 1943 Eugène Odru qui s’était déjà distingué pour son engagement "antinational" à Nice en 1940. Il avait fait partie des jeunes communistes niçois arrêtés pour l’affaire du drapeau rouge de la Passerelle des Abattoirs en novembre 1940. Il fut condamné par le tribunal militaire de Marseille et ensuite envoyé au  Chantier de Jeunesse disciplinaire 40 d’Albepierre.

Source :Jean-Louis Panicacci, professeur honoraire à l’université de Nice, président du Musée de la Résistance Azuréenne, qui a bien connu Eugène Martres au sein du Comité d’Histoire de la Seconde Guerre mondiale dans le courant des années 1970. Par email.

Après son évasion de Saint-Paul-d’Eyjeaux en mai 1943, Eugène Odru rejoignit la Résistance, prit sous le pseudonyme de André la tête du détachement FTP “D’Estienne d’Orves” en Creuse, devint commandant de compagnie FTP en Corrèze et participa notamment à l’attaque de la garnison de Tulle les 7 et 8 juin 1944

Lors de cette attaque, les allemands qui occupaient l’école normale de jeunes filles perdirent 42 tués et neuf autres, soupçonnés d’appartenir à la Gestapo, furent fusillés. Les maquisards firent une cinquantaine de prisonniers. 

D’après le témoignage en 2019 de l'ancien résistant Edmond Réveille, le 12 juin 1944, donc après le massacre de Tulle et d’Oradour-sur-Glane, 47 prisonniers allemands et une femme française de la Gestapo auraient été exécutés sommairement par des résistants FTP dans la région de Meymac. Les résistants ne pouvaient pas les libérer pour des raisons de sécurité et ne trouvèrent pas les moyens de les garder.

A la fin de l’été 1944, Eugène Odru fut nommé à l’état-major national des F.F.I. à Paris avant de revenir à Nice avec le grade de commandant F.F.I. Il fut ensuite un des responsables locaux de l’A.N.A.C.R. puis, à partir de 1988 et jusqu’en 1998, vice-président des Amis du Musée de la Résistance azuréenne, responsable des Archives et objets.

Le peloton qui avait arrêté les onze militants communistes était commandé par l’adjudant-chef Étienne Debord, originaire d’Albepierre. Son supérieur, le commandant Latour d’Aurillac, très collaborationniste, avait signé l’ordre de mission. Ce dernier, après la libération d’Aurillac, fut jugé par la Cour Martiale d’Aurillac qui venait d’être créée par le commissaire régional de la République Ingrand. Condamné à mort, il fut fusillé le 15 septembre 1944 au lieu-dit Carrière d’Escanaux à Aurillac.

L’adjudant-chef Etienne Debord, après un parcours sans faute, fut reconnu15 pour avoir, en plusieurs occasions, aidé la Résistance.

Sources : ODRU André [ODRU Eugène, Marcel, dit] – Maitron

 Le Cantal de 1939 à 1945 de Eugène Martres. De Borée. 1993. Pages 158 9 Les chantiers de Jeunesse de Olivier Faron. Grasset 2011 Page 184.

www.musee-resistance-azureenne.fr/2016/09/23/eugene-odru-1920-2008/eugene-odru-15-decembre-1942/
 Revue de la Haute Auvergne. « Hommes et femmes dans la guerre 39-45 » Tome 85 Juillet-Décembre 2023 Pascal Gibert "La Résistance et l’épuration"p.84 14 AD Cantal Etat civil
15 Voir sur la base Leonore

 

Eugène Odru au camp d'internement de Saint-Paul d’Eyjeaux

 


 

L’abbé Genevaux (1902- ?)


12 Abbé Genevaux

La radicalisation du refus prit aussi la forme d’un désaveu moral exprimé par l’aumônier du Chantier 40, l’abbé Genevaux, qui réagit vivement à l’annonce du STO : il s’écriât "Laval est un salaud” et appela à refuser le départ des jeunes vers l’Allemagne.

Cette prise de position publique et la surveillance de ses correspondances lui valurent d’être considéré comme "indésirable" par le préfet Homo qui signala à Pierre Laval son hostilité au gouvernement.

Sources :Archives Départementales Aurillac. 40 Fi 1659 - Correspondance du préfet du Cantal adressée à M. le chef de gouvernement au sujet de l'abbé Genevaux, aumônier du chantier de jeunesse de Murat, accusé de germanophobie et d'hostilité envers le gouvernement. – 1943. Disponible en ligne.

Les chantiers de Jeunesse de Olivier Faron. Grasset 2011. Page 218.

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Dans une lettre à son frère, instituteur en Dordogne, l’abbé Genevaux y dénonçait le "service de délation" du Chantier, la politique de collaboration du "bougnat", la mystique entretenue autour du Maréchal "élu de dieu" et y professait selon le préfet "des sentiments propres à ses compatriotes lorrains". Le préfet laissait-il donc entendre que les lorrains n’étaient plus français ? La lettre de Genevaux est une charge sévère à la fois contre les Chantiers et la Révolution Nationale.

Comme le dit l’historien E. Martres "Si la soutane ne l’avait pas protégé, il aurait été interné immédiatement " .

L’église d’Albepierre conserve aujourd’hui une Vierge à l’Enfant chère à l’abbé Genevaux et qui provient de la chapelle de La Champ.

L’usure due aux intempéries laisse penser qu’elle était placée dans la niche extérieure du pignon. Le socle porte le nom du sculpteur Jacques Martin (1885–1976), auteur en 1924 d’une Vierge en bronze dite Notre-Dame de Metz, érigée place Saint-Jacques à Metz. La Vierge de La Champ est un modèle réduit en terre cuite de la Vierge de Metz.

Vierge de Metz dans l'église d'Albepierre

 

 

Pignon de la chapelle de La Champ après la tempête de février 1942

 

Plusieurs témoignages concordent sur sa provenance.

Le chanoine Andrieux rapporte avoir, en 1942, reçu mission d’aller chercher à Lyon une statue de Notre-Dame pour une chapelle érigée à La Molède.

Jean Anglade, dans son roman La soupe à la fourchette, évoque la remise de la statue par l’aumônier du chantier, l’abbé Genevaux, au curé d’Albepierre l’abbé Cruèghe après la dissolution du camp de La Champ en avril1944.

L’abbé Genevaux, originaire de Lorraine et fortement patriote, était attaché à cette Vierge symbole de résistance face au nazisme : lors de l’anniversaire de son inauguration à Metz le 15 août 1940 de nombreux Messins déposèrent des bouquets tricolores et coiffèrent la statue d’une Croix de Lorraine. Ils prièrent jusque tard dans la nuit avant d’être chassés de la place. En réaction, l’évêque Heinz et de nombreux curés furent expulsés de Lorraine par les autorités allemandes.

L’évêque se réfugia à Lyon (Est-ce la raison pour laquelle la vierge de Metz du chantier provient de Lyon ?)

Sources :

- Eugène Martres. Le Cantal de 1939 à 1945. De Borée. 1993. Page 163


 - Petit Jean. Mémoires du chanoine Jean Andrieux. Ecrit en 1994.Edité par les archives diocésaines de St Flour. P 85 20

-La soupe à la fourchette de Jean Anglade. Presses de la Cité 1994. Page 224
 Place Saint-Jacques (Metz) — Wikipédia

 Eugène Martres. Le Cantal de 1939 à 1945. De Borée. 1993. Pages 157 à 159

Déliquescence et dissolution 

En 1940 les allemands n’avaient pas accepté la formation de Chantiers de la Jeunesse dans la zone occupée. Après l’occupation de la zone sud, ils ne voyaient dans ces chantiers qu’un réservoir de main d’œuvre à leur disposition, une aubaine pour leur économie de guerre.

En septembre 1943, Laval informa le général de la Porte du Theil que les Allemands exigeaient l’envoi en Allemagne de la totalité des hommes des Chantiers.

Le général s’y opposa. Il fut arrêté par la gestapo le 4 janvier 1944 emportant avec lui l’idée fondatrice des chantiers, synthèse du scoutisme et de l’armée : donner aux jeunes, dans la vénération du Maréchal sur un fond de germanophobie hérité du passé militaire, une formation civique par le travail, le sport et la vie dans la nature.

Désormais seuls maîtres, les allemands n’étaient intéressés que par le travail en usine ou dans l’organisation Todt en France ou en Allemagne.

La déliquescence du Groupement 40 s’accéléra. Les désertions se généralisèrent jusqu’à la dissolution légale des chantiers.

Signe du déclin, la production de bois de chauffage, principale activité du chantier, qui avait atteint 386 stères en octobre 1942 était devenue quasiment nulle en avril 1943. La production de charbon de bois était toujours restée faible voire anecdotique.

Fin 1943, le groupe d’Auzolles et celui d’Empallat partirent travailler en usine, troquant l’uniforme vert pour une tenue bleue, encadrés par les chefs des chantiers.

En juin 1943, le magasin du camp d’Albepierre fut vidé par un groupe de quinze maquisards avec la complicité d’un chef local, Bonfils, qui se sentant ensuite menacé, passa en Afrique du Nord.

Le camp d’Albepierre fut abandonné en avril-mai 1944.

Le 26 janvier 1944, un raid similaire toucha le magasin du camp de La Croix Jolie, interrompu par l’alerte donnée par un commissaire-adjoint.

D’autres prélèvements par les Résistants eurent lieu au printemps 1944.

Le commissaire Le Fouest du Groupement 40 tomba en disgrâce auprès du Préfet Homo suite à la manifestation du 3 Mars 1943 à Murat au cours de laquelle des jeunes du nord-est du Cantal venus pour la visite médicale avant leur départ au STO avaient crié des slogans hostiles au régime. Il fut remplacé par Ulrich en octobre 1943. Nous ne savons pas ce qu’il devint ensuite.

L’effectif passa de 700 à mi-octobre 1943 à 400 au 1er février 1944 dernier chiffre connu.

Cette période correspond donc à un fort passage vers le STO au niveau national mais nous n’avons pas pu trouver de statistique précise pour le Chantier 40 sur les désertions, passages au maquis, départs au STO en France et en Allemagne.

La vie du chantier 40 perdit toute substance. Il ne restait d’ailleurs que le camp de Murat vers lequel refluaient les campements satellites. Dans un dernier geste d’allégeance, le commissaire Tirebaque, nouveau chef du groupement envoya du personnel et des moyens sanitaires pour prêter assistance aux allemands après le déraillement d’un train transportant une DCA, déraillement provoqué par la Résistance le 3 mai 1944 au Lioran.

Beaucoup de jeunes s’enfuyaient chez eux souvent à pied pour éviter les contrôles. D’autres rejoignaient la Résistance.

La loi n°314 de Pierre Laval et Marcel Déat du 10 juin 1944 prit effet le 15 juin 1944 et mit fin aux Chantiers de la Jeunesse.

Le 18 juin 1944, l’effectif résiduel du Groupement 40 estimé à environ 200 hommes fut intégré à l’organisation Todt et envoyé dans la région de Hourtin où il travailla à une base navale sous la surveillance de la Wehrmacht.

Un ancien se souvenait d’y avoir creusé des fossés antichars pour la défense allemande. Cet ancien du camp de La Champ rencontré vers 1980 m’avait demandé des nouvelles des demoiselles Segret, deux figures d’Albepierre où elles tenaient un café-restaurant. Il avait gardé un excellent souvenir de cette période. 

Sources :

- Alatienne Pascale, mémoire de maîtrise. Courbe de l’évolution de la production du bois de chauffage en annexe du mémoire 

- Dans Murat et son Canton.1940-1945. Edition de l’Association du Musée de la Résistance d’Anterrieux. P 71


- Les chantiers de Jeunesse de Olivier Faron. Grasset 2011 Page 260

- Eugène Martres. Le Cantal de 1939 à 1945. De Borée. 1993. Page 315


Nota :Nous n’avons pas pu trouver de statistique précise pour le Chantier 40 sur les désertions, passages vers la Résistance, départs au STO en France et en Allemagne. Environ 200 jeunes (moins de 300) partirent vers Hourtin selon un témoin Antoine Martres. Ce chiffre est en accord avec la décroissance connue de l’effectif qui passa de 700 à mi-octobre 1943 à 400 au 1er février 1944 dernier chiffre connu. Voir Alatienne Pascale, mémoire de maîtrise. Courbe de l’évolution des effectifs en annexe du mémoire

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La mémoire de la pierre carrée et la stèle

Il n’y a pas eu de réseau clandestin ou d’action coordonnée de résistance à l’intérieur du Chantier 40.

L’encadrement était en majorité acquis au régime de Vichy. Les jeunes étaient sous contrôle strict. Nous avons vu avec le cas de Eugène Odru que toute rébellion était durement sanctionnée.

Le passage au maquis vint d’initiatives individuelles de ses membres des Chantiers en rupture avec l’institution

C’est à travers Eugène Odru et l’abbé Genevaux que nous honorons leur mémoire écho dans ces vers de Louis Aragon :

« Celui qui croyait au ciel

Celui qui n’y croyait pas

Tous les deux étaient fidèles

Des lèvres du cœur des bras. »

Tous les anciens, peu nombreux il est vrai, de ce Chantier 40 que nous avons connus ou rencontrés gardaient un bon, voire excellent souvenir de leur stage dans ce Chantier.

Plusieurs nous avaient parlé avec respect du chef Bonfils, une figure à la personnalité bien trempée, qui passa en Afrique du Nord via l’Espagne et revint après la guerre rendre visite aux anciens.

Mais des habitants de Bredons se souvenaient aussi de ces jeunes juifs chassés du Chantier 40 après la loi inique du 15 juillet 1942 et venus leur dire "au revoir". La rafle du Vel d’hiv commencera le lendemain.

Une stèle du souvenir  a été érigée par Jeantou sur le site du Chantier 40 à La Champ.

La pierre carrée surmontée d’une croix repose désormais sur un bloc de basalte de plusieurs tonnes.

Les dimensions de la croix ont été parfois jugées excessives et plus adaptées à un calvaire qu’à une stèle. Or nous rendons hommage par cette stèle à des hommes comme le FTP Eugène Odru qui n'étaient pas du tout croyants. Nous avons à leur égard un devoir de laïcité. Remplacer cette croix par une petite croix en pierre est une option envisagée car plus conforme à l’histoire.

Un QR code sur cette stèle permet de télécharger des documents sur le chantier 40.

Sources :

- Les chantiers de Jeunesse de Olivier Faron. Grasset 2011 Page 283



- Christophe Pécout. Pour une autre histoire des Chantiers de la Jeunesse (1940-1944). CAIRN.INFO

Selon cet historien, le mythe d’une résistance dans les Chantiers de jeunesse est infondé.
Une exception de taille cependant : après le débarquement américain en Afrique du Nord, les chantiers d’AFN libres de la pression allemande, formeront suivant un plan préparé à l’avance un régiment qui participera à la campagne d’Italie, au débarquement de Provence et à la libération de Strasbourg.


 

Bibliographie

 Cette publication a été réalisée par Antoine Farrayre, à partir des sources bibliographiques ci-dessous et des témoignages reccueillis auprès d'hitoriens et d'habitants d'Albepierre témoins de cette époque.

Eugène Martres. Le Cantal de 1939 à 1945. De Borée. 1993.


Olivier Faron. Les chantiers de Jeunesse. Grasset 2011


Revue de la Haute Auvergne. Hommes et femmes dans la guerre 39-45. Tome 85 juillet-Décembre 2023


Pascale Alatienne. Etude de deux Chantiers de la jeunesse à Tronçais et à Murat (1940-1944), mémoire de maîtrise soutenu en octobre 1986 devant l'UER de Clermont II (Puy-de-Dôme) Il s'agit respectivement des groupements 1 et 40.


Murat et son Canton.1940-1945. Edition de l’Association du Musée de la Résistance d’Anterrieux


Philippe Labatut. Être jeune en 40. Les chantiers de la Jeunesse. 1985. Une idée originale de service national. Nouvelles éditions latines

Robert Hervet. Les chantiers de la jeunesse. 1962. Editions France Empire.
Jean Andrieux . Petit Jean. Mémoires du chanoine Jean Andrieux. 1994. Edité par les archives diocésaines de St- Flour

Photos

Les photos des cérémonies de 1941 prises par le photographe André Lacueille de Murat nous avaient été aimablement fournies par Eugène Martres et Paulette Raveneau.

 

Localización

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